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Où est donc passée l’eau ?
Publié le 26 avril 2012
C’est sans doute historique : les effets de la rigueur de l’étiage 2011, cumulés au déficit pluviométrique de l’automne/hiver 2011/2012, devraient se faire ressentir jusqu’à l’étiage 2012. De sérieux doutes peuvent être émis sur la capacité des précipitations à venir à recharger efficacement nos nappes phréatiques.

Nouveaux records en Tarn-et-Garonne : Monsieur le Préfet vient de prendre, le 12 avril dernier, le premier arrêté préfectoral d’interdiction des prélèvements d’eau de la saison (bassin versant de la Gimone, entré en vigueur le vendredi 13 avril 2012 à 8 h 00). Selon les mêmes préoccupations sans doute, il décide de réunir le comité départemental des ressources en eau (CODRE) le mardi 24 avril pour aborder, une nouvelle fois encore et de plus en plus précocement, une « gestion de crise ». Du jamais vu. Comme les conditions hydrologiques qui perdurent depuis des mois maintenant.

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Début octobre 2011, lors de ce qu’ils pensaient être leur dernière tournée de suivi de la sécheresse, les techniciens de la Fédération de Pêche et de Protection des Milieux Aquatiques du Tarn et Garonne (FDPPMA 82) relevaient une situation hydrologique départementale des plus alarmantes : sur 171 points d’observations, plus de 20% étaient en assec, près de 15% en rupture d’écoulement et 11% s’en approchaient. Sur le reste des points, il subsistait encore un maigre écoulement dont la faune aquatique ne peut se satisfaire.

Au 24 décembre 2011, certaines portions de cours d’eau étaient encore en rupture d’écoulement... les 15000 pêcheurs du Tarn-et-Garonne n’attendaient pas l’arrivée du Père Noël, mais bien le retour des pluies.

Début avril, tous les regards sont encore tournés vers le ciel, dans l’espoir de voir arriver de réelles précipitations. En effet, la situation est sans précédent : De nombreux cours d’eau du département se rapprochent dangereusement de leur DOE1 alors que ces cours d’eau, à régime pluvial ou pluvio-nival, devraient connaître en ce moment même de longues périodes de hautes eaux, rechargeant nappes et zones humides, sans compter que ces hautes eaux participent à la dynamique de la rivière en remobilisant la matière organique et les sédiments. Comprenez que la bonne santé de nos cours d’eau en période de hautes eaux est toute aussi importante que celles des basses eaux, principe d’intérêt général.

1- Débit d’Objectif d’Etiage - Valeur réglementaire entraînant des mesures de gestion des usages consommateurs d’eau, habituellement « réservé » à la seule période d’étiage estival, période trop souvent qualifiée « de crise » en Tarn-et-Garonne, tant cette gestion devient difficile. Prenons un exemple, le débit moyen du mois de mars 2012 sur l’Aveyron à Loubéjac (9,57 m3/s) n’a jamais été aussi bas depuis 1949, alors que la moyenne pour ce même mois sur 99 ans dépasse 91 m3/s (cf données de la Banque Hydro www.hydro.eaufrance.fr). Au risque de choquer un peu plus, cette même valeur (9,57 m3/s) est sensée être dépassée à 75% du temps. Elle ne l’a été qu’à 41% du temps sur les 365 derniers jours !

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Rendez-vous compte : sur les 40 dernières années, le débit moyen mensuel le plus important de l’année (généralement celui de février) sur cette même station avait une chance sur deux de dépasser la valeur de 147 m3/s et quatre chances sur cinq de dépasser 89 m3/s... il n’a été que de 18 m3/s en février 2012 !

On aurait presque l’impression que, s’il ne pleut pas, nos cours d’eau ne coulent pas... ce qui est loin d’être une logique hydrologique : un cours d’eau est naturellement capable d’encaisser et de tamponner les effets de ce type de sécheresse (absence de pluviométrie significative sur plusieurs mois), grâce aux relations qu’il entretien avec sa nappe d’accompagnement, ses zones humides,...mais nous sommes arrivés à un tel niveau d’anthropisation2 de nos bassins versants, qu’un cours d’eau tel que l’Aveyron, drainant les eaux de plus de 5000 km2, ne parvient même plus à réagir naturellement... Imaginez alors nos petits ruisseaux tarn-et-garonnais !

Dans ce contexte, nombreux sont ceux qui pourraient penser naïvement que les traditionnelles solutions de stockage sont une évidence. C’est une hérésie : outre l’impact intrinsèque que ces solutions illusoires rajoutent aux perturbations précitées (réchauffement de l’eau, modifications physico-chimiques, enrichissement organique, pertes par évaporation,...), il faut se rendre à l’évidence : nous ne sommes même plus en mesure de les remplir en période hivernale ! Il n’y a qu’à voir les principales retenues départementales.

La solution serait donc ailleurs ? C’est en tout cas l’avis de nombreux hydrobiologistes qui nous alertent sur le fait de prendre en compte, en plus des prélèvements directs, ces modifications du fonctionnement hydrologique de nos cours d’eau dans un contexte évident de changement climatique.

2- Anthropisation : Transformation de milieux naturels sous l’action de l’homme Il ne suffit plus de gérer nos cours d’eau sur la seule période estivale sur laquelle, il est vrai, s’accumulent la majorité des prélèvements sur une ressource évidemment limitée, mais bel et bien de prendre en compte dans nos décisions l’importance de respecter le fonctionnement hydrologique naturel, avec sa variabilité saisonnière, indispensable au bon fonctionnement des écosystèmes aquatiques dans lequel l’Homme a de nombreux enjeux de salubrité publique à préserver.

Il ne faut pas oublier qu’un cours d’eau est bien souvent une succession longitudinale de stations de production d’eau potable alternées avec des stations d’épuration de nos effluents : l’état écologique de nos cours d’eau nous concerne tous. Notre capacité par exemple à produire à moindre coût de l’eau potable dépend essentiellement de la capacité de nos cours d’eau à « digérer » la charge organique et les divers polluants qu’on peut leur administrer au travers de nos différentes activités.

Ce que la FDPPMA 82 observe au quotidien, notamment dans le cadre de ses expertises sur les peuplements piscicoles, reflète l’état de fonctionnalité de nos cours d’eau. Bien plus que le simple enjeu halieutique, c’est bel et bien sur la salubrité publique que les poissons nous apportent de précieuses informations !

Le Président Dejean, conscient de la situation difficile, garde cependant l’espoir d’une prise de conscience générale quant à l’importance du bon fonctionnement de nos cours d’eau.

Contact presse :

Fédération de Pêche et de Protection des Milieux Aquatiques du Tarn et Garonne 275, avenue Beausoleil - 82000 Montauban

Guillaume PAULY, Directeur Technique Tél : 05.63.63.09.18 courriel : guillaume.pauly@fedepeche82.fr Claude DEJEAN, Président Tél : 05.63.63.01.77 courriel : claude.dejean2@wanadoo.fr

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